Tous les candidats déclarés ou pressentis à la prochaine présidentielle orientent la plupart de leurs discours sur les désormais fameuses « classes moyennes ». Elles auraient été les grandes oubliées des dernières élections, les premières perdantes de la mondialisation, les principales victimes d’un système d’assistanat consacré aux plus défavorisés. Mais ce débat cache au moins trois enjeux.

Un enjeu de définition

Chaque candidat ne semble pas viser les mêmes publics lorsqu’il évoque les classes moyennes. Il y a déjà un enjeu sur la définition à faire d’une catégorie socio-professionnelle. Comment y parvenir ? Eric Maurin et  Dominique Goux viennent de publier au Seuil Les Nouvelles Classes moyennes, (Coédition Seuil-La République des idées) et voici ce qu’on peut lire page 8 : « Ces nouvelles classes moyennes se caractérisent par trois traits fondamentaux : leur dynamisme, leur centralité sociale, leur position d’arbitre. Elle sont tenaillées par une anxiété d’où provient paradoxalement leur succès : coincées entre la peur de la chute et le désir d’élévation, elles ont su maintenir leur position tout au long de ces dernières décennies, au terme d’une compétition sans merci pour les statuts professionnels les plus protégés, les quartiers de résidence les plus sûrs et les diplômes les plus recherchés. Aiguillonnées par l’inquiétude, elles sont les acteurs les plus résolus de la compétition qui s’est emparée de notre pays à la faveur de la crise économique et de la démocratisation scolaire. incarnant à la fois une « France qui tient » et une « France qui monte », miroirs autant que modèles, elles reflètent les peurs et les espoirs de notre société, ses doutes et sa brutalité« .

Les deux auteurs apportent une définition certes sociologique, mais également une lecture symbolique et politique évoquant un ressenti social plus qu’une grille salariale. C’est bien cela qui est visé par des responsables politiques, qui de la même manière, s’adressent davantage à un ressenti qu’à des données objectivables. Tous les candidats parlent des classes moyennes, sans les définir et sans s’adresser chacun au même public.

Un enjeu électoraliste

La place des classes moyennes dans la présidentielle a été faite par la Gauche et d’abord d’un point de vue électoraliste puisque divers ouvrages publiés ces derniers mois cherchent à savoir si le Parti Socialiste doit « pour gagner » tourner le dos aux classes moyennes et/ou populaires ou non. Nous aurions pu souhaiter que le débat se fasse sur les besoins, les revendications, les aspirations de ces classes dites moyennes plutôt que sur la nécessité de recueillir leur suffrage pour vaincre la droite.

Un enjeu d’identité (nationale)

On entend (plus qu’on ne lit) que les classes moyennes sont des « blancs » qui vivent dans des zones pavillonnaires, que ces « petits blancs » se sont tournés vers Le Pen et Sarkozy exaspérés par une gauche qui leur a préféré les plus pauvres et les immigrés qui « ont droit à tout » quand eux « n’ont droit à rien ».

Alors remettons les choses (de bon sens) dans le bon ordre :

Souhaitons que la gauche agisse contre la mise en concurrence de diverses catégories de la population entre elles ;

Affirmons qu’il existe un lien fort entre les classes populaires et les classes moyennes : sans puissance publique pas d’émancipation (à l’égard des inégalités de départ) ;

Considérons que la Gauche ne doit pas sombrer dans une dynamique exclusivement électoraliste mais qu’elle propose un chemin que peut emprunter chacun et que par ailleurs, priorité sera donnée à ceux qui n’ont que la puissance publique pour les protéger ;

Admettons que la Gauche n’a ces dernières années parlé à personne plutôt qu’elle s’est détournée des classes moyennes ;

Acceptons le fait que dire : « les classes populaires prennent de plein fouet la crise économique », ne signifie pas qu’il est supposé que les classes moyennes n’en subissent pas également les conséquences ;

Rejetons avec rage le discours (émergeant à gauche) sur « les petits blancs », non pour leur préférer les « grands noirs », mais parce que la Gauche pense l’identité par la question sociale avant de la penser par la question nationale. Pense, ou devrait penser…

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