Tous les commentaires sur la prestation de François Hollande au premier meeting de la campagne présidentielle sont élogieux, et pour cause, le candidat socialiste a réussi l’exercice imposé. Si chacun considère qu’ « il s’est passé quelque chose » ce dimanche 22 janvier, tentons de qualifier ce « quelque chose ».
A mon sens, François Hollande a réussi trois choses complexes : la qualification de sa candidature, le repérage des électeurs et la portée de son regard.
Tout d’abord, François Hollande est parvenu à qualifier sa candidature. La victoire de tout candidat (et a fortiori à l’élection présidentielle) est en grande partie conditionnée à sa capacité à définir le périmètre de sa candidature en répondant au moins à deux questions : de qui (et non de quoi) est-il le candidat ? De quoi (et non de qui) est-il l’adversaire ? Et Hollande ne fait pas dans le suggestif, il dénomme son adversaire : le « monde de la finance ». Sans ambages.
Quant à la question « de quoi est-il le candidat ? », il y répond tout au long de son discours en évoquant « la laïcité », « le monde rural », « les ouvriers et les employés », « les familles modestes », « les jeunes », entres autres. Or, quel est le point commun entre tous ces collectifs ? Tous ont besoin pour leur émancipation ou leur préservation du Politique et de la puissance publique.
Ensuite, le candidat Hollande a permis un « repérage » politique et social. Que cela signifie-t-il ? Le rôle premier d’un candidat est de s’adresser aux électeurs de sorte qu’ils soient définis comme « acteurs d’un champ social », repérés sur un échiquier, dotés des outils nécessaires à leur émancipation et accueillis dans un dessein collectif. Il s’agit ni plus ni moins de dire « voici où nous sommes et voilà où nous allons ». Rares sont les candidats qui offrent un tel repérage. C’est ce qui a manqué à Lionel Jospin en 2002 et à Ségolène Royal en 2007.
Au fil de son discours, Hollande propose le repérage suivant : « dégradation » (échiquier), « redressement » (dessein), « égalité » (outils) et dans un certain nombre de ses propositions il parle à chacun comme étant en capacité d’agir (acteurs du champ social) : sur l’épargne pour les ménages, sur l’accès au logement pour les collectivités locales, sur l’emploi pour les PME, sur l’éducation pour les enseignants et les associations. Et c’est bien cela qui doit être approfondi dans les semaines à venir, car la capacité d’un candidat à caractériser les ressources sur lesquelles il s’appuiera est un élément majeur de la consolidation de son projet.
Enfin, Hollande a su porter son regard de façon juste. Beaucoup attendaient de lui qu’il donne des « gages », quels qu’ils soient et pour tout le monde : un petit coup de barre à gauche pour les tentés par Mélenchon, un petit coup de barre à droite par les séduits de Bayrou, un petit mot sur Fukushima pour les écologistes etc. A faire cela, peut-être aurait-il satisfait des électorats fragmentés mais il n’aurait pas donné de sens à sa candidature et serait resté « l’homme de la synthèse », à propos duquel la question « pourquoi voter Hollande ? », n’aurait trouvé que peu de réponses. Au lieu de cela, il a regardé ailleurs, plus haut que nous ne l’imaginions peut-être, nourrissant un rôle par sa vision. Alors certes, à chacun il manque des incontournables, mais plus le discours avançait, moins je cherchais à trouver « mes » incontournables, considérant que le principal était que le candidat propose un projet et une vision et que son regard n’était pas au milieu de nous, mais au-dessus et ailleurs.
Le principal reste à faire, mais Hollande permet d’y croire.




S’il fallait résumer tout cela d’une formule que j’emprunte à Stéphane Rozès, je dirais qu’il a réussi à saisir l’imaginaire républicain. Je ne pense pas que le candidat d’en face soit en mesure de le lui reprendre.
Bonjour,
La campagne n’ a pas encore débuté, les sondages ne sont toujours pas plus pertinents qu’en 2001 ( dont aucun n’avait, ne serait-ce, qu’entrevu Le Pen au second tour, claironnant la victoire de la gauche, j’en rigole encore…), Hollande est encore un novice à haut niveau de compétition ( il jouait le championnat, là c’est la Ligue des Champions qui va débuter, c’est autrement méchant… ) et faut pas croire que Sarko soit mort, loin de là.
Dans un monde qui penche de plus en plus à droite, il aura certainement moins d’emmerdes à gérer dans son camp qu’Hollande avec les Verts, l’ultra gauche, voire certains « amis » socialistes, et le plus dur va commencer lorsque, sorti du confort de ses one man show, il aura à débattre avec ses adversaires des sujets qui fâchent : délinquance, immigration, laïcité, identité, qui seront à mon avis les thèmes centraux de la campagne tout simplement car ce sont peut être les derniers sujets sur lesquelles les « gens », le peuple au sens large, pensent encore que les politiques puissent agir puisque sujets de proximité, internes aux frontières françaises.
Les problèmes externes et lointains, quasi apatrides tellement ils sont diffus, tels que la finance, les marchés, la marche du monde, etc… c’est pour beaucoup au-delà du champ d’action d’un Président local.
Bonjour Sarah,
C’est avec plaisir que je retrouve ton approche exigeante et sensible de la chose publique.
Bon vent à toi !