Depuis une année, l’Egypte, comme d’autres pays arabes, s’engage vers une voie nouvelle. Ici, nous oublions le temps nécessaire aux processus de démocratisation, à l’émergence d’une société civile, à la formation de responsables politiques nouveaux, à l’élaboration d’un dessein collectif. Nous oublions et regrettons déjà que les premiers votes démocratiques amènent au pouvoir des leaders islamistes, nous regrettons les violences et restons sidérés par les plus récentes à Port-Saïd à l’issue d’un match de foot.

L’Egypte tâtonne, confrontée comme beaucoup d’autres avant elle à une illusion révolutionnaire, car le seul renversement d’un dictateur n’engendre ni mécaniquement, ni immédiatement la mise en place d’un régime qui répondrait aux critères des démocraties occidentales.

Et pendant que nous oublions et regrettons, pendant qu’elle tâtonne, des Egyptiens se demandent s’il faut partir ou rester. Il y a ceux qui peuvent se poser la question et les autres. Pour les premiers, déjà « chanceux » le dilemme est tenace : rester pour accompagner les bouleversements de ce pays, rester pour ceux qui restent, quitte à subir les soubresauts et les échecs ou partir ? Nombreux sont les jeunes égyptiens diplômés, coptes ou musulmans, qui se posent une question à laquelle ils n’étaient pas préparés. Ils ont rêvé de partir lorsque c’était impossible. Tous pensaient que Moubarak leur survivraient et les blagues sur la longévité du Raïs étaient nombreuses, en voici une fameuse : « Les conseillers de Moubarak sentant le peuple fatigué, en colère et désespéré, tentent de convaincre le Président de laisser la main : « Monsieur le Président, il est temps désormais de dire adieu au peuple égyptien » et Moubarak répond « Pourquoi il va où le peuple ? » ».

Ceux qui peuvent partir sont aussi ceux qui peuvent aider l’Egypte à trouver les voies pour un progrès social, politique et économique. Et après avoir salué le « Printemps arabe » nous regardons passifs les massacres en Syrie et le résultat des élections tunisiennes sans avoir conscience que si le danger peut venir des urnes il peut aussi venir du départ de milliers de jeunes, ni préparés à bâtir l’avenir de leur pays, ni soutenus pour la reconstruction quand de loin nous les soutenions pour la révolution.

Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à le partager :