La crise charrie des discours de simplification du monde où dénommer un adversaire plus faible est devenu un refrain bien connu et auquel la Gauche participe davantage chaque jour. Dénommer un adversaire ne sert qu’à définir le périmètre des partenaires. Et ça la Gauche semble l’oublier.

C’est aujourd’hui une certaine peur qui règne. Et la peur de l’autre prend diverses formes : crainte du déclassement social, inquiétudes liées aux délocalisations, terreur à l’égard des menaces terroristes, angoisses face aux bouleversements politiques qui changent et organisent un monde inexpliqué et inexplicable. Face à cela, les responsables politiques, puis les citoyens proposent ou imposent un discours et des politiques de repli sur soi. Et à cet égard c’est la critique de la mondialisation, et selon l’expression consacrée « de ces dérives libérales » qui semble faire consensus.

Hubert Védrine dans son rapport remis en 2007 au Président Nicolas Sarkozy sur la France et la mondialisation note que si l’hostilité face à la mondialisation n’est pas le seul fait des citoyens français, elle a tout de même quelques spécificités hexagonales : « l’attachement au rôle structurant, protecteur et redistributeur de l’Etat (…), l’attachement à une identité et à une langue menacée par la marée anglophone (…), la jalousie envers ce qui est perçu comme une américanisation (…), une répugnance morale persistante envers l’économie de marché (…), la volonté déterminée de conserver une large protection sociale (…), l’attachement catholique et marxiste à l’égalité (…).

Comment ne pas se reconnaître dans ces diverses craintes et ne pas saluer la lucidité et la sagesse de ces critiques ? Mais admettons tout de même que la plupart des réponses à ces inquiétudes reste l’action publique forte et volontaire. Quelle utopie nous rétorquera-t-on ! Comment penser que l’action publique puisse en effet gagner le rapport de force contre le libéralisme (puisque c’est bien de cela dont il s’agit) ? Nous répondrons à cela qu’il n’y a pas des utopies plus utopistes que les autres et que si la démondialisation en est une, la victoire du politique sur le marché en est peut-être une autre, mais qui répond, quant à elle, à une idée de progrès et d’élévation et non à la peur de l’autre en permanence sous-tendue par la démondialisation.

La Gauche, qui a une tradition internationaliste forte (héritée de son antinationalisme), ne parvient pas à lutter contre les forces d’un discours de simplification du monde dans lequel le plombier polonais, remplacé par l’ouvrier chinois, reste une menace pour le salarié français. Mais n’y avait-il pas à Gauche, dans son patrimoine génétique : « Travailleurs de tous les pays unissez-vous ? ». Encore une utopie peut-être, mais une vision du monde dans laquelle la question sociale n’est pas liée à la question nationale.

La Gauche se perd lorsqu’elle adopte les armes d’une philosophie du rétrécissement qui ordonne d’embrasser des logiques concurrentielles plutôt que de les combattre. Ces logiques sont multiples : des territoires contre d’autres, des emplois contre d’autres, des populations contre d’autres.

Or, si la conflictualité est nécessaire à l’organisation de tout champ social, elle doit s’accompagner de quatre éléments indispensables : une lecture du monde, la détermination d’un adversaire, la définition d’un chemin (une vision, un dessein collectif) et la mise à disposition pour chacun des outils nécessaires à emprunter le chemin sans encombres. Sans conflictualité alliée à ces quatre éléments, il n’y a pas de projet politique viable. Or, force est de constater que la plupart des dirigeants peinent à proposer en tout cas une lecture du monde. En revanche, mille outils sont soumis à l’approbation des électeurs (les programmes fourmillent de dispositifs) mais que sont-ils s’ils ne résultent pas des autres éléments constitutifs d’un projet politique ?

Le conflit n’est pas concurrence, la complémentarité n’est pas résignation. Cette assertion permet de trouver un chemin, certes étroit et à l’opposé du courant actuel, qui propose un chemin entre le libre-échange et le protectionnisme. Il faut nommer l’adversaire mais dire de façon concomitante quels sont les partenaires, les alliés, les projets communs.

Si l’adversaire est le libéralisme, peut-on considérer que le protectionnisme n’est pas un allié ? Peut-on considérer que la prédation sud-sud, que l’histoire des rapports nord-sud, que les causes et les conséquences de la crise suggèrent un autre chemin, celui de nouvelles coopérations ? L’une des pierres à pose sur ce long chemin serait d’ordonner le monde autour des pôles émergents, encore à parfaire dans leur organisation, à penser dans leur dessein, à structurer dans leurs objectifs, mais pôles qui sont dotés (ou peuvent le devenir) des outils nécessaires à une régulation juste et efficace : les métropoles.

La métropole émerge par la concentration des activités humaines et économiques qu’elle accueille. Et parce qu’elles deviennent un échelon incontournable dans le développement économique des Etats et des grandes zones régionales, parce qu’elles correspondent à l’échelle pertinente d’une péréquation efficace et qu’elles créent entre elles des partenariats réels et novateurs, les métropoles doivent être pensées comme un maillon de la régulation mondiale. Il s’agit en tout état de cause de privilégier une pensée horizontale à une pensée verticale (à suivre).

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